La formule nietzschéenne « Deviens ce que tu es », se retrouve dans Ainsi parlait Zarathoustra et dans Le Gai savoir. Sûrement l’une des phrase-aphorisme les plus célèbres de son œuvre.
Pourtant, sa concision cache un paradoxe déroutant : comment peut-on devenir ce que l’on est déjà ? La phrase semble tautologique, mais elle engage une réflexion profonde sur l’identité, la liberté et la création de soi. Les grands commentateurs de Nietzsche soulignent la dimension dynamique et créatrice de cette maxime ou cet aphorisme. Cette phrase trouve un prolongement dans les philosophies modernes de l’existence et révèle une tension féconde entre être et devenir.
Dès lors, une question se pose sur cette célèbre phrase de Nietzsche :
- Doit-on s’accomplir telle que l’on est à notre naissance ?
- Ou bien doit-on inventer perpétuellement notre singularité d’être en devenir ?
La filiation antique : de Pindare à Nietzsche
La formule nietzschéenne s’inscrit dans une tradition grecque très ancienne. Pindare, poète lyrique du Ve siècle av. J.-C., écrivait déjà : « Deviens ce que tu es, en apprenant qui tu es. » Cette injonction associait le devenir à la connaissance de soi : l’homme ne doit pas se fabriquer ex nihilo, mais actualiser une potentialité qui lui est propre.
Nietzsche hérite de cette maxime, mais il la radicalise. Pour les Grecs, « devenir soi » signifiait se conformer à un telos naturel, à une essence donnée par la nature ou par les dieux. Chez Nietzsche, au contraire, il n’existe pas d’« essence » transcendante qui nous attendrait. Ce qui importe, ce n’est pas de découvrir une identité prédéterminée, mais de traduire en existence les forces singulières qui nous traversent.
En ce sens, Nietzsche reprend la sagesse antique pour mieux la subvertir. L’« apprendre qui tu es » de Pindare devient chez lui une tâche sans fondement métaphysique : on ne découvre pas, on crée. L’homme n’a pas à découvrir une vérité cachée de lui-même, mais à traduire en existence ses forces vitales. Le devenir nietzschéen est une tâche créatrice, non un retour à une identité immuable.
« Crée qui tu es en dépassant ce que tu crois être »
Joël Poinsot coach et préparateur mental
Les exégètes de Nietzsche : lectures internes à son œuvre
Les spécialistes convergent pour montrer que Nietzsche récuse toute conception substantielle de l’identité. L’homme est une pluralité de forces qui se configure dans le temps.
Plusieurs grands commentateurs de Nietzsche se sont emparés de cette formule :
Heidegger
Dans Nietzsche et Chemins qui ne mènent nulle part, il voit dans l’injonction une anticipation de sa propre notion d’authenticité. L’homme, pour Nietzsche, n’est pas une substance fixe mais un projet, un Sein-zum-Werden (« être en devenir »). « Deviens ce que tu es » signifie : accepte ton existence comme ouverture, et non comme identité close.
Gilles Deleuze
Dans Nietzsche et la philosophie, il insiste sur le mouvement vital. Pour lui, « ce que tu es » désigne ta singularité de forces, ton style, et non une essence universelle. Devenir ce que l’on est, c’est actualiser ses puissances créatrices, se détacher des valeurs réactives imposées par la morale et inventer sa propre forme de vie.
Pierre Klossowski
Dans Nietzsche et le cercle vicieux, il lit la formule comme un appel à la fidélité à ses impulsions. L’homme nietzschéen doit refuser les masques sociaux et moraux pour laisser parler la pluralité de ses forces intérieures.
Sarah Kofman
Dans Nietzsche et la métaphore, elle souligne l’ambiguïté : « ce que tu es » n’est jamais clair ni défini. Le devenir nietzschéen est une tâche infinie, une création perpétuelle de soi à partir d’un fond originaire indéterminé.
Les interprétations modernes et existentielles
Sur le plan psychologique et éthique contemporain, certains (par ex. Paul Audi) interprètent la formule comme une injonction à l’unité intérieure : ne pas vivre sous des masques sociaux ou moraux, mais chercher la cohérence entre ce que l’on vit et ce que l’on exprime.
Ces lectures modernes prolongent Nietzsche en mettant en avant l’idée de responsabilité individuelle et de construction de soi dans un monde dépourvu de garanties métaphysiques.
En dehors du champ strictement nietzschéen, la formule a été rapprochée des philosophies existentielles :
Sartre
Pour lui, l’homme n’a pas d’essence préalable : il n’est que ce qu’il fait de lui-même (L’Être et le Néant). « Deviens ce que tu es » rejoint alors l’idée que l’homme doit assumer la responsabilité de son existence en se créant à travers ses choix.
Camus
Il voit dans cette maxime une invitation à la fidélité à soi au sein d’un monde absurde. Devenir ce que l’on est, c’est dire oui à sa condition sans chercher un sens transcendant.
La tension fondamentale : paradoxe et fécondité de la formule
Tous les commentateurs soulignent le paradoxe fécond de cette maxime. Comment peut-on devenir ce que l’on est déjà ? L’énoncé ne se laisse pas réduire à une simple tautologie.
- D’une part, Nietzsche rejette l’idée qu’il existerait un modèle extérieur ou une essence immuable à réaliser.
- D’autre part, il refuse aussi la conception purement arbitraire de l’identité : il ne s’agit pas de se fabriquer ex nihilo.
Le sens se situe dans cette tension : l’homme est déjà porteur de forces et de potentialités, mais celles-ci sont encore inexplorées, entravées, masquées par les conventions, la morale, la peur, la duplicité. Devenir ce que l’on est, c’est alors assumer pleinement son destin, dans la logique de l’amor fati. Qui nous invite à aimer sa vie telle qu’elle est, jusque dans ses faiblesses, et en faire la matière d’une affirmation créatrice.
En ce sens, la formule ne renvoie pas à une essence fixe, mais à un style d’existence : trouver la manière singulière d’habiter le monde en accord avec ses propres forces.
Conclusion : dépasse ta prédestiné et crée !
La formule nietzschéenne « Deviens ce que tu es » condense une des intuitions majeures de sa pensée : l’homme n’est pas un être figé, mais un processus d’auto-création. Héritée des Grecs mais détachée de toute téléologie métaphysique, elle a donné lieu à des commentaires multiples de Heidegger à Deleuze, de Klossowski à Kofman. Elle a inspiré les philosophies existentielles modernes. Elle désigne moins une essence à retrouver qu’une tâche infinie de création de soi, par laquelle chacun affirme sa singularité dans l’épreuve de l’existence.
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